Un avenir sans faim
n°296 - Décembre 2016
Décryptage

Article mis en ligne le 19 décembre 2016

Burkina Faso : Un rapport de la Copagen très coton pour Monsanto

Entre 2014 et 2016, la Copagen a mesuré in situ, au Burkina Faso, les performances réelles du coton Bt, variété transgénique introduite en toute illégalité dans le pays en 2003. Les conclusions sont consternantes !

Auteur(s) : Patrick Piro

Au Burkina Faso, le coton OGM de Monsanto a tout faux ! C’est la conclusion cinglante du rapport de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen, partenaire du CCFD-Terre Solidaire) qui fera date. Entre 2014 et 2016, la Copagen a mesuré in situ les performances réelles du coton Bt, variété transgénique introduite en toute illégalité [1] dans le pays en 2003 avec complicité active des autorités, des chercheurs et des grands sociétés cotonnières, Sofitex en tête.

Ces promoteurs ont imposé aux paysans la culture du Bt jusque sur les deux tiers des surfaces cotonnières, sur la base d’allégations de laboratoire mirobolantes. Pourtant, la grogne est rapidement montée [2].. La Copagen et ses partenaires burkinabè sollicitent alors 203 petits cultivateurs qui leur ont transmis, pendant des mois, les données de leurs activités.

« Nous n’avions que cette voie. Impossible en effet d’obtenir des chiffres officiels... », relate Jean-Paul Sikeli, secrétaire exécutif de la Copagen. « Nous nous sommes substitués aux pouvoirs publics défaillants. »

Les revenus paysans baissent de 14 %

Le résultat est sans appel. En passant du coton conventionnel au Bt, les coûts de production diminueraient-ils ? Faux, c’est + 7 % à l’hectare et + 32 % à la tonne produite. Les rendements augmentent-ils « de 30 à 35 % en moyenne » ? Faux, ils sont de 7 % inférieurs. Les revenus paysans bondissent- ils « de 64 % » ? Archi-faux, pour la Copagen, c’est - 14 %. La pénibilité du travail « diminue » ? Oui, c’est le seul point positif, car le nombre de traitements chimiques, sur cette variété génétiquement modifiée pour produire son propre insecticide, est divisé par trois.

Sauf que des chenilles résistantes commencent à se développer, réduisant ce maigre avantage du coton Bt ! C’est cette constatation qui a poussé Thérèse Kondombo, enquêtrice de terrain, à alerter la Sofitex. Dont la première préoccupation est de contacter la Copagen pour s’offusquer de cette étude menée sans son autorisation.

« C’est à peine croyable ! Les paysans sont propriétaires de leurs champs et libres de leurs activités, de quel droit nous imposer d’en référer à une autorité pour mener ce travail ? », s’étonne Ousséni Ouédraogo, cheville ouvrière de l’enquête.

La Sofitex : une entreprise d’État dont le directeur, nommé par le président, au sein des membres du parti dominant, était réputé plus puissant qu’un ministre sous le régime de Blaise Compaoré. L’entreprise exige l’interruption de l’enquête et la récupération de toutes les données. Des paysans sont inquiétés. Menacée, Thérèse Kondombo interrompt ses visites de terrain. Mais la Copagen tient bon. Entretemps, en octobre 2014, le régime tombe et l’étude est menée à son terme.

Début 2016, les sociétés cotonnières burkinabè font la demande aux producteurs d’abandonner le coton Bt. L’abandon est effectif dès l’été, et cette décision sera validée dès la fin du mois d’octobre par une très bonne récolte.

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[1Car il n’existait pas de loi de biosécurité pour l’encadrer, comme l’exige le Protocole de Carthagène dont le Burkina Faso est signataire.

[2Voir Faim et Développement n° 293

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